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Rue Drolet,
Montréal
1936
Huile sur panneau
Oil on panel
20 x 25,5 cm |
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Rue Wiseman,
Outremont
1942
Huile sur panneau
Oil on panel
41 x 30,5 cm |
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Scène
de rue, sous le Cap, Québec
1958
Huile sur panneau
Oil on panel
25,5 x 20 cm |
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Nature morte
1940
Huile sur panneau
Oil on panel
51 x 102 cm |
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Autoritratto
1962
Huile sur panneau
Oil on panel
122 x 51 cm |
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Parade
1963
Huile sur panneau
Oil on panel
122 x 183 cm |
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Éblouissement
1967
Huile sur panneau
Oil on panel
76 x 102 cm |
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Paysage
1963
Huile sur panneau
Oil on panel
122 x 213 cm |
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Composition
1964
Huile sur panneau
Oil on panel
61 x 46 cm |
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Imagination
1998
Huile sur panneau
Oil on panel
91,5 x 122 cm |
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Composition,
songe
1988
Huile sur toile
Oil on canvas
75 x 71 cm |
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Mouvements
1975
Médiums mixtes
Mixed media
91,5 x 122 x 2 cm |
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Dans les
Laurentides
1973
Huile sur panneau
Oil on panel
61 x 76 cm |
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Peinture
et mosaïque
1961
Médiums mixtes
Mixed media
41 x 30,5 cm |
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Relief sur
fond blanc no3
1988
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
76 x 61 x 8 cm |
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Mouvements
sur fond gris vert
1974
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
68,5 x 137 cm |
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Accents noirs
sur fond vert
1981
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
40,5 x 30,5 x 2,5 cm |
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Composition
avec collages
1975
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
101,5 x 76 x 1,5 cm |
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Entourage
1982
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
61 x 46 x 6 cm |
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Montage sur
fond vert
1979
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
30,5 x 40,5 x 4 cm |
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Composition
no 2
1978-1979
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
76 x 61 x 5 cm |
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Composition
1970-1971
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
51 x 41 x 7 cm |
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Et il y a
de la musique
1978-1980
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
61 x 51 x 7,5 cm |
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Composition
no 1
1978-1979
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
122 x 91,5 x 8,5 cm |
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Composition
arthitectural
1980
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
61 x 51 x 7,5 cm |
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Bien assis
1981-1982
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
61 x 51 x 6 cm |
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Montage no
1
1979-1980
Matériaux et médiums mixtes
Mixed media
91,5 x 71 x 8 cm |
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Le
travail de Joseph Giunta, peintre et constructeur, s’étend
sur plus de soixante années de pratique picturale. De 1930
jusqu’à aujourd’hui, l’évolution de son
oeuvre a pris le pouls de grands mouvements qui, de par l’Europe
et l’Amérique, ont fondé l’art de ce
siècle: surréalisme, abstraction lyrique, automatisme,
art brut, géométrisme, etc. Elle a également
tissé, autant par la forme ou la matière que par
l’esprit, des affinités avec l’oeuvre de certains
artistes comme Antoni Tàpies, Pierre Soulages, Georges Braque et
Hans Hartung. Ce n’est donc pas un hasard si, dans la
lignée historique de cet art moderne qui a vu les plus grands
maîtres déconstruire le système de
représentation figuratif hérité de la Renaissance,
la peinture de Joseph Giunta prend très tôt ses racines
dans ce qu’il est convenu d’appeler la figuration pour se
tourner, dès 1958, vers une «manière»
abstraite coïncidant avec l’essor tardif de la
modernité au Québec et au Canada. Cette abstraction le
conduira graduellement à de puissantes constructions
géométriques qu’il réalisera au cours des
années 1980 et qui soulignent avec force
l’originalité d’une technique allant de pair avec
une pensée créatrice profondément contemporaine,
tant au niveau du processus que de la forme finale.
Ainsi, partie prenante des acquis formalistes ou gestuels de la
modernité et puis, plus près de nous, de
l’hétérogénéité propre
à la pratique postmoderne, l’oeuvre de Joseph Giunta fait
appel à une pluralité de matériaux. Ses textures
d’huile épaisses, ses objets collés et ses
constructions tridimensionnelles répondent à
l’attrait de la matière qui singularise également
d’autres pratiques artistiques du vingtième siècle
ayant donné à la surface de la toile ses lettres de
noblesse au détriment de l’illusion de la profondeur
figurative qui, elle, occultait l’impact de la pure
picturalité du plan. L’on comprend alors le sens des
paroles de Joseph Giunta déclarant avec la plus grande
lucidité: «il faut faire une oeuvre d’art et non pas
une image». Mais, avant de l’autoriser à exprimer
ses convictions d’artiste résolument postmoderne, cette
«oeuvre d’art» s’est d’abord inscrite
dans la suite logique d’un cheminement formel dont il faut
maintenant examiner les particularités de même que les
étapes et ce, dès ses débuts professionnels, au
cours des années 1930.
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Même si les années
30, en dépit de la grave crise économique,
voient pointer les premiers signes de l’aventure
moderne avant tout européenne, les contextes canadien
et québécois restent dominés par
l’ordre traditionnel, c’est-à-dire celui
de la figuration dont le fer de lance est sans nul doute
le paysage. Ce genre rassure les acheteurs rendus frileux
par la Crise et, par ailleurs, les conforte dans leur
sentiment d’identité nationale, comme le démontre,
entre autres, la popularité du Groupe des Sept
pour les paysages nordiques.
Dans une telle atmosphère, le jeune Joseph Giunta, qui a
dix-neuf ans en 1930, ne peut qu’entreprendre sa carrière
artistique en fonction de ce qu’il observe autour de lui et des
influences qui en découlent. Or, pour ce qui est du
modèle de maturation caractéristique de son
siècle, consistant à débuter par la figuration
pour peu à peu évoluer vers l’abstraction, il devra
encore attendre le sillage des chocs libérateurs que
provoqueront l’art d’Alfred Pellan et l’automatisme
de Paul-Émile Borduas dans la décennie suivante. Pour
l’instant, Joseph Giunta commence à peindre lorsque des
artistes comme Adrien Hébert, Clarence Gagnon,
Marc-Aurèle Fortin, Alexander Young Jackson, William Brymner,
Maurice Cullen et Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté
dominent la scène artistique, faisant porter en
réalité leurs efforts sur le renouvellement des formules
anciennes ( 1) comme celle de l’impressionnisme.
Celle-ci sera probablement à l’origine des tableaux de
Giunta qui se distingueront, toujours à l’intérieur
du cadre de la représentation, par une primauté de la
matière et de la couleur sur la ligne, principe que l’on
retrouve à un degré vraiment moindre, par exemple, chez
Suzor-Côté ou Maurice Cullen. En effet, à
l’inverse de ces derniers dont les touches plus posées
s’accordent avec les impératifs d’un réalisme
encore soumis au clair-obscur, Giunta fait montre d’une
volonté de vibration qui se traduit par de forts contrastes
chromatiques et par des touches dont la franchise et la liberté
s’apparentent à celles des peintures de Marc-Aurèle
Fortin, Tom Thomson ou Arthur Lismer. Qui plus est, le thème de
la ville qu’il exploite, propre à la modernité
culturelle au Québec, le démarque encore d’avantage
des paysagistes de la même période. Par exemple, les
oeuvres intitulées Rue Drolet, Montréal (1936), Rue Wiseman,
Outremont (1942) et Scène de rue, sous le
Cap, Québec (1958) n’ont rien à voir avec les idées conservatrices et nationalistes
très souvent liées au thème pittoresque
de la terre. Au niveau pictural, elles annoncent plus
un intérêt pour la texture qu’un souci
de réalisme et, par là même, préfigurent
certains tableaux qui ouvriront la route vers l’abstraction
ou, plutôt, vers une époque où, être
moderne en peinture au Québec, c’est «vouloir
être abstrait» ( 2).
Parmi ces tableaux, l’on retiendra deux huiles de 1940, Violon et
Nature morte, que Giunta a peintes sur un seul support qu’elles
se partagent recto verso. D’un côté ou de
l’autre, nous sommes à mi-chemin entre la figuration et
l’abstraction; en présence de quelques motifs comme un
violon, des bouteilles ou des fruits, le jeu des surfaces
présentées dans le plan, la dilution des formes et une
texture épaisse uniformément répartie contribuent
à l’absence d’illusion de profondeur, donc à
un effet de planéité. Outre ces facteurs, le jeu des
couleurs est réglé sans égard aux tons attendus
des motifs et, par conséquent, fait aussi écran au
réalisme.
Cette stratégie continuera d’alimenter les compositions de
Giunta jusqu’à la fin des années 50 alors que, de
son propre aveu, sa timidité devant la recherche hors figuration
s’estompe. Elle fera maintenant la part belle à
l’audace gestuelle de l’artiste qui s’engage
désormais dans une peinture qui s’affiche tour à
tour lyrique, expressive ou organique.
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C’est, rappelons-le, vers
1958 que Joseph Giunta commence à délaisser
la peinture sur le motif pour s’intéresser
aux suggestions de la matière et recueillir des
objets divers qui serviront aux peintures-collages dont
il pratiquera le genre surtout entre 1974 et 1995. Pour
l’instant, il perçoit de mieux en mieux les
ouvertures qu’offrent, dans un premier temps la non-figuration
et, dans un second temps, l’abstraction.
Ce passage de la figuration à la non-figuration
et puis à l’abstraction correspond exactement
à l’évolution de la peinture au Québec
dans cette période cruciale allant de 1945 à 1960 ( 3).
Déjà, en 1940, l’adjectif
«non-figuratif» avait été employé par
Pellan ( 4)
mais sera très vite remplacé, dans le vocabulaire des
critiques et des créateurs, par celui
«d’abstrait». Pour sa part, Joseph Giunta se met
à peindre une première catégorie de toiles
brouillant la référence directe au monde où il
conserve néanmoins certains indices de figuration et un second
groupe de tableaux dans lesquels tout renvoi aux objets de
référence disparaît au profit exclusif de la
couleur et du mouvement.
Les oeuvres intitulées Autoritratto (1962)
et Port de Montréal (1963) sont assez représentatives
de la première catégorie. Elles ont en commun
un effet de forme sombre sur fond clair qui, par de légers
indices, retient encore l’idée de représentation
figurative. Par exemple, dans Autoritratto (1962),
le peintre ne nous autorise à reconnaître, nonobstant le
titre, qu’une tête grâce à quelques touches
qui coïncident avec la morphologie du visage au haut de la surface
alors que la partie inférieure de la toile est, à elle
seule, entièrement dénuée d’indice
représentatif. Si, en revanche, le tableau Port
de Montréal (1963) paraît un peu plus
iconique dans ses structures portuaires et ce, par le
blanc plutôt associé au ciel, il n’en
propose pas moins un jeu d’abord formel et géométrique
qui, au bas de la surface, s’affranchit carrément
des impératifs du réalisme. Par rapport
à des toiles d’Adrien Gagnon traitant du même
sujet quelque trente années auparavant, ce tableau
montre avec éclat comment Joseph Giunta a su étudier
la leçon du modernisme qui est celle de la construction
autonome de la surface picturale. Il suffit, après
Port de Montréal (1963), de regarder Parade (1963) pour s’en convaincre.
À cet effet, l’oeuvre intitulée Éblouissement (1967) est une oeuvre charnière dans la mesure
où elle condense en son sein les caractéristiques
à venir d’un passage plus franc vers l’abstraction.
Tout n’y est que liberté, gestualité,
couleur, empâtement et pure picturalité.
La matière généreuse et colorée
ne donne pas prise à la reconnaissance de la relation
forme/fond mais entraîne quand même, dans
son ensemble, l’impression d’un motif floral.
En dépit de ce lien avec la nature, le tableau
affiche les caractères des oeuvres plus abstraites
qui font partie du second groupe de cette période:
un lyrisme dans le mouvement, une construction plane expressive
et une allure organique.
À l’intérieur de ce regroupement, Paysage
(1963) est une autre oeuvre importante. Contrairement
à l’oeuvre précédemment décrite,
Éblouissement (1967), elle est entièrement
abstraite. En établissant ses grands axes et ses
nombreux enchevêtrements selon des règles
chromatiques exclusives au tableau, Giunta l’inscrit,
d’une façon très personnelle, dans
les zones du lyrisme et de l’expressionnisme abstrait
dont elle est son meilleur exemple. À ce titre,
il s’approche de la pratique antérieure de
contemporains comme Jean-Paul Riopelle, Marcelle Ferron
ou l’américain Willem de Kooning et se distingue
de la spontanéité automatiste ou de l’onirisme
surréaliste avec lesquels il n’a rien en commun.
L’aspect de construction qui donne, malgré tout son
lyrisme, une structure à ce tableau, se trouve au coeur
d’une autre série d’oeuvres dont Parade (1963) et Composition
(1964). Ici règnent un certain géométrisme
abstrait et une fragmentation qui se passent d’envolée
gestuelle. Giunta y joue plus d’un équilibre entre des
surfaces tout en conservant quelques touches expressives, à la
manière d’un artiste voulant scruter la rigueur et
l’objectivité d’un plasticien comme Fernand Toupin
sans toutefois en engager les principes. Qui plus est, la texture
épaisse et les éléments collés
présents dans Parade (1963) indiquent
clairement la prédilection de l’artiste pour les
épaisseurs et son incompatibilité ontologique avec la
pureté plasticienne.
Dès lors, nulle surprise à constater l’apparence
organique de plusieurs de ses toiles, qui se retrouvent
également dans son travail le plus récent:
Imagination (1998) et Composition, songe (1988).
Mouvements (1975), par exemple, étire un
réseau irrégulier d’entrelacs tenant
à la fois de l’animal et du végétal.
L’effort d’abstraction que l’artiste réalise
au regard du monde qui l’entoure devient encore plus
manifeste lorsque l’on compare les étirements
abstraits de ce tableau aux filaments rendant l’effet
de la neige dans une oeuvre figurative réalisée
deux années après dont le titre est Dans
les Laurentides (1973). Autre tableau organique, Peinture
et mosaïque
(1961) présente plutôt une matière parcellaire mais
à deux niveaux: celui des taches blanches et celui des collages
circulaires. Bientôt, au lyrisme, à la construction plane
et aux entrelacs organiques, Joseph Giunta vient adjoindre de nombreux
collages qui soulignent encore plus l’originalité de son
oeuvre et son désir de construire chaque toile comme un objet
autonome.
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De façon très ponctuelle, dès les années 60
mais selon ce qui deviendra vers 1974 une technique en soi qu’il
pratiquera jusqu’à la fin de sa vie, Giunta ramasse des
objets afin de les coller dans ses tableaux. Qu’ils soient
trouvés ou qu’ils lui appartiennent, ils sont aussi
diversifiés que nombreux: carton ondulé, fil de fer,
bijoux (de son épouse), chapeau, ficelle, billes, sable, clous,
cailloux, treillis métalliques, bâtonnets, bonbons, etc.
Avec tous ces éléments, il ajoute de la colle à
tapis et du ciment assurant la cohésion générale.
La surface riche et accidentée qui en résulte ressemble
souvent à une maquette d’architecture vernaculaire:
topographie de lieux mystérieux, réseaux de terrains,
dénivellations, circuits de communication, résidence
baroque ou encore alcôve bigarrée, dans le cas de
l’oeuvre portant le titre Relief
sur fond blanc no 3 (1988), où Giunta a utilisé,
entre autres, un de ses chapeaux.
Parlant de ces amalgames qu’il n’hésite pas à
construire avec une attitude primesautière, Giunta admet
travailler selon l’attirance que lui procure son chapeau, des
bonbons, un bout de ficelle ou des treillis et également en
fonction de l’utilité de l’objet à coller.
Cependant, cette utilité dont il est question ne répond
nullement à des impératifs déterminés
à l’avance par un quelconque plan à suivre. Elle
n’est pas non plus identifiée à l’usage
habituel de l’objet collé. Comme dans certaines oeuvres
d’Antoni Tàpies, elle s’invente bel et bien selon
les besoins du moment; le chapeau sera pris pour son contour ou son
volume, il servira plutôt de niche, des billes seront
incrustées pour poser un rythme ou pour leurs simples rondeurs,
une corde marquera des prolongements rectilignes, un pourtour sinon un
réseau, les bonbons introduiront de la saveur colorée,
etc.
En fait, dans ces collages, la fonction de tout objet
est détournée au seul profit de la peinture
à instaurer et c’est en cela que Giunta répond
à un esprit que l’on qualifie à tort
ou à raison de postmoderne et qui anime le champ
de la pratique artistique depuis presque vingt ans; l’oeuvre
est une suite d’événements qui instaure
ses propres règles ( 5).
Dans cette optique, les peintures-collages organiques
présentent une analogie avec le modèle biologique
de l’épigenèse. Telles des embryons,
ou ici des chapeaux, elles se développent par différenciations
successives de leurs parties nouvelles. L’artiste
part d’un élément, en ajoute un deuxième
qui en appelle un troisième, la relation des trois
premiers entraînant un quatrième et ainsi
de suite. On imagine déjà l’expansion
d’une oeuvre comme Mouvement sur fond gris vert
(1974) où des ramifications blanchâtres
qui s’étendent sur un fond dominé par
le vert ont pris le relais des longs coups de brosse des
toiles expressionnistes. Insecte, animal, radicelles,
rhizome, nervures, peu importe; la signification du tableau
se trouve au premier chef dans sa seule mais immense présence.
Et cela suffit.
C’est donc dans ces moments de développement
que le collage trouve sa pertinence au travers d’un
cheminement où l’artiste ne pense pas conscient
ou inconscient mais bien instrument ( 6).
Alors si la position postmoderne des toiles de Giunta se paraphrase en
termes «d’expression de la subjectivité de
l’artiste», cette subjectivité ne se conçoit
pas par la simple présence de son chapeau collé ou par
l’éventuelle illustration de son identité
intérieure mais, au contraire, se pense en tant que
résultat d’un ensemble d’actes uniques et
impossibles à répéter. À l’image du
centre de Mouvement sur fond gris vert (1974),
la subjectivité du peintre se veut noeud de rencontres. Et
c’est là que se niche l’originalité de
Giunta, dans sa complicité avec les instruments.
La conséquence de ces actions est, bien sûr,
une construction dont la force, outre de solides accords
chromatiques et formels, est de multiplier les lectures
dont les possibilités sont aussi nombreuses que
les matériaux présents et leurs agencements.
Par exemple, les tableaux Accents noirs sur fond vert (1981) et Entourage (1982)
peuvent offrir des lectures aussi bien globales que fragmentées
et ce, à de multiples niveaux: topographie, vue aérienne,
microcircuits électroniques, lit de rivière, rythme du
rouge, tissu organique, jeu de tic-tac-to, béance
intérieure du bleu, etc.
Finalement, ces toiles affichent, par rapport à de nombreux
autres collages comme Composition avec
collages (1975), une montée tridimensionnelle
qui, poussée beaucoup plus loin par l’artiste,
donne, entre 1971 et 1989, une série d’oeuvres
puissantes et originales qui, à elles seules, peuvent
justifier la place de Joseph Giunta dans l’histoire
de l’art au Québec. Nous avons donc voulu
consacrer la dernière partie du texte à ce sujet.
Tout en partageant des matériaux, des couleurs
et des textures avec les trois autres groupes d’oeuvres,
les constructions se démarquent par quelques attributs
qui leur donnent une force particulière: des niveaux
en plans, des cavités, un formalisme baroque et
des rythmes réguliers. Édifiées sur
des assises solides de «massonite», elles
présentent, telles des architectures, plusieurs
niveaux plats qui s’assemblent et s’emboîtent
selon un rythme à chaque fois différent.
Pour cette raison, la lecture que l’on peut en faire
s’appuie à la fois sur un jeu de surfaces
et sur des relations volumétriques, selon la lumière
ambiante et, surtout, selon l’angle de notre vision,
qu’il soit de face ou de biais, ce qui par conséquent
multiplie les niveaux d’interprétations du
tableau, donc sa richesse. Abondant d’ailleurs en
ce sens, Giunta ajoute à la complexité de
ces différentes strates de l’oeuvre en uniformisant
les titres qu’il leur attribue. Il déclare
à ce sujet: «Il n’est pas nécessaire
de donner des titres évocateurs. Je me contente
souvent de Construction no... Il faut donner de l’espoir
aux gens qui ont beaucoup d’imagination».
Dans le même ordre d’idées, nombre de constructions
abritent des cavités rectangulaires, rondes, triangulaires ou
ovoïdes. Quelquefois aménagées en cocons abritant on
ne sait quelles mystérieuses petites formes, à
d’autres moments ouvertes comme des sexes féminins,
rappelant ailleurs le périanthe d’une fleur, rendues
souvent inaccessibles par un grillage, obscurcies dans leur profondeur
par un bleu presque noir, ces cavités permettent autant
d’ouvertures dans le tableau. Ces dernières sont entendues
au sens littéral comme au sens figuré; elles font
physiquement des brèches dans les plans et, suscitant des
interrogations, ouvrent la «signification» de
l’oeuvre à un champ de possibilités ainsi
qu’à la richesse de leurs interprétations.
D’ailleurs Giunta ne croit pas si bien dire lorsqu’il
affirme avoir pratiqué des trous dans les volumes de Montage sur fond vert (1979) afin d’aérer
le tableau. Sans doute cela impliquait-il chez lui d’éviter
les surfaces fermées et hermétiques d’un
formalisme rigoureux. Et, comble d’ouverture, les
trous percés dans ces volumes suggèrent
des motifs tels des cabanes d’oiseaux ou des lentilles
photographiques. Autrement dit, le concept du passage
à la vie est relié à la naissance
d’un cliché, à l’envolée
de l’oisillon ou à la transformation de la
matière en oeuvre d’art, par l’orifice.
Il en va de même pour une autre construction intitulée
Composition no 2 (1978-1979) qui, à la différence
de la précédente, offre un regroupement
plus central et compact que l’on retrouve en général
dans cette série dont une des toutes premières
oeuvres, Composition, a été conçue
entre 1970 et 1971.
À propos de ce dernier point, le regroupement des diverses
surfaces de la très grande majorité des constructions se
singularise par un formalisme dont il faut souligner l’aspect
quelque peu organique. Se distinguant clairement d’un formalisme
pur comme le pratiquaient les plasticiens par l’usage de
frontières nettes, rectilignes et de couleurs posées en
à-plat, le formalisme dont il est question pourrait être
qualifié de baroque. De par ses surfaces planes, il joue
plutôt de la courbe, de la tangente, de
l’irrégularité, de l’asymétrie et de
couleurs doucement texturées, ainsi que l’illustrent les
oeuvres étonnantes Et il y a de la musique (1978-1980), Composition no 1 (1978), Composition
architecturale (1980) et Bien assis (1981-1982).
Dans ces constructions, la couleur coïncide, en général,
avec une surface délimitée par un relief
de corde collée et, par là même, répond
à un principe hérité du formalisme
greenbergien qui veut que la couleur uniforme corresponde
à la surface qu’elle occupe. Ainsi, de pair
avec l’alternance des plans texturés, les
contrastes chromatiques obtenus participent à l’importance
du rythme qui marque les constructions organiques. Mais
il semble important de préciser ici que, d’après
les révélations de l’artiste, la couleur
vient très souvent s’appliquer après
l’achèvement de la construction. Débutant
celle-ci par quelques traits, Giunta abandonne rapidement
le dessin pour ne pas nuire à son imagination et
élabore une séquence de volumes, rythmée
par des différences, voire des oppositions qui,
de son propre aveu, l’exaltent.
Enfin, le rythme peut être considéré sous plusieurs
angles. Il participe d’abord de l’asymétrie des
plans (Et il y a de la musique, 1978-1980; Composition no 1, 1978), de leur symétrie (Bien
assis, 1981-1982; Composition architecturale,
1980) ou de leurs dénivellations successives (Montage
no 1, 1979-1980). Il est ponctué ensuite par
la répétition ordonnée de petits
éléments divers: signes de flèches,
grilles, clous, pastilles ou bâtonnets, qui sont
visibles dans des travaux comme Montage no 1 (1979-1980),
Bien assis (1981-1982), Composition façade
(1983-1984) et Composition architecturale (1980)
où, par ailleurs, ils font écho au carton ondulé
présent dans certains fonds. Inhérents au processus
même de la construction et réglés par le plaisir du
peintre à opposer horizontale et verticale, ces quelques
facteurs de rythme fournissent au tableau une stabilité visuelle
et une régulation nécessaire à la solidité,
jusqu’à installer une mise en abyme qui est celle de la
construction dans la construction. Par analogie, on peut dire que ces
rythmes sont aussi essentiels aux oeuvres que le sont ceux des saisons,
des jours, des champs ou des prières pour la vie.
Par ses compositions, Giunta a intuitivement compris que
le rythme est aussi, et surtout, un caractère fondamental
de la poésie. Constamment renouvelé et inédit
d’une oeuvre à l’autre, il s’articule
avec les changements de niveaux et les creux en une forme
baroque qui n’est pas sans imprimer quelques figures
chez le spectateur: circuits informatiques, instruments
de musique, masques japonais, broches décoratives,
vues aériennes, fantasmes de coins secrets...
À l’image de toute sa démarche, ces
constructions baroques sont une pure question de poésie
élaborée selon l’ordre du monde qu’impose
la matière.
Dans la traversée de ces quatre périodes, Giunta demeure
réceptif aux influences de l’abstraction lyrique, de
l’automatisme, de l’art brut et du formalisme et impose
progressivement la matière au centre de sa création.
Fréquentant chaque oeuvre à achever comme un
véritable monstre à nourrir, il pose comme
nécessité impérative de son art
l’accomplissement d’une construction qui, sous couvert
d’amalgames, allie la géométrie et
l’organique. Après avoir peint des images du monde par des
représentations figuratives, les avoir rendues abstraites dans
l’optique d’une oeuvre autoréférentielle, il
intègre des fragments du réel à ses tableaux pour
ainsi construire de nouveaux objets solidement poétiques, qui,
en retour, se donnent sans classement, sans dénomination, dans
le silence de leurs contiguïtés, inventées avant la
lettre.
À ce titre, les constructions plastiques de Joseph
Giunta désignent leur place dans l’histoire
de l’art postmoderne.
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